Chat avec la Communauté française (16/11/2011)

Toujours soucieuse de renforcer l’information de la communauté
française, et de mieux répondre aux questions de nos compatriotes,
l’Ambassade de France au Japon a tenu hier un "chat" consacré aux
conséquences de la crise de Fukushima. Vous trouverez ci-après la
liste des questions posées et les réponses qui ont été fournies par le
Conseiller nucléaire de l’Ambassade Pierre-Yves Cordier et l’expert de
l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) Olivier
Isnard.

Cet exercice se fera sur une base mensuelle. Sauf imprévu, le prochain
"chat" aura donc lieu le mercredi 14 décembre, de 18 à 19 heures.


Conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima
mercredi 16 novembre 2011

Ambassade : Bonjour, Le chat commencera comme convenu à 18 heures. Vous pouvez dès à présent poser vos questions.

Commentaire de la part de Maurice : Avez-vous des résultats de tests sur la nourriture au niveau de Tokyo ?

Commentaire de la part de Jean : Avez-vous des adresses pour faire un dépistage sur Tokyo ?

Commentaire de la part de Guest : Bonjour. J’ai un compteur Geiger simple (Quartex RD89). Les mesures que je fais sont-elles fiables ? Je sais qu’il mesure certains rayonnements seulement, mais y a-t-il un rapport avec les radio-éléments mesurés ? En d’autres termes, est-ce que ma mesure comprend la radioactivité de l’iode 131 mais aussi du Césium 137, etc.?

Commentaire de la part de Nicolas E. : Bonjour, les recommandations de l’IRSN indiquent de diversifier la nourriture. Concrètement, comment faire ?

Commentaire de la part de Marc D. : Bonjour. Petit exercice de mise en situation pour l’expert que vous êtes. Vous habitez à Tokyo depuis quelques années, vous aimez le pays mais sans profond attachement.. est-ce que vous le quitteriez ? (que ce soit pour fuir la situation actuelle ; par crainte de l’évolution de la situation ; ou par crainte des incertitudes existantes). Si oui, sous quels délais ? (e.g. immédiatement ; sous 1 an ; sous 10 ans). Sans tenter de considérer la multitude de paramètres personnels qui rentrent en jeu dans une telle prise de décision, merci de vous mettre en situation sincèrement avant de répondre.

Olivier Isnard : [Réponse à Nicolas E.] Bonjour, la diversification de votre alimentation consiste principalement à éviter de manger exclusivement un seul type de produit (par exemple une seule sorte de poisson, une seule sorte de légume) mais également à chercher à se procurer des aliments en provenance de différentes préfectures.

Olivier Isnard : [Réponse pour Marc D.] Si je cherche à résoudre votre exercice, dans l’état actuel de mes connaissances je ne quitterais pas le Japon. Ceci étant dit, je dispose d’un éclairage technique qui me permet d’apprécier le risque de manière peut-être différent du votre.

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Maurice] Le contrôle des aliments est sous la responsabilité des autorités préfectorales. La préfecture de Tokyo, comme toutes les préfectures procède donc à des contrôles ciblés mais non exhaustifs. Les aliments qui dépassent les normes ne sont pas commercialisés. Dans le cas de Tokyo, il y a bien sûr de la nourriture qui provient de tout le Japon. On peut dire que d’après les statistiques du Ministère de l’agriculture, les contrôles sont de plus en plus en nombreux, et le nombre d’aliments qui dépassent les normes est de moins en moins fréquent. Il faut aussi noter que les dépassements sont en général faibles. Les données peuvent se trouver sur le site du ministère de l’agriculture (MAFF) ainsi que sur celui du travail et de la santé (MHLW), en anglais.

Commentaire de la part de François : Je mesure une radioactivité moyenne de 0,15uSv aujourd’hui dans les endroits que je fréquente (intérieur comme extérieur). Le bruit de fond a Tokyo est de 0,04uS (mesure en sous-sol, ligne de train), nous somme donc à la limite autorisée de 1mSv/an. En considérant que cette dose n’est que le rayonnement, que l’inhalation des mêmes éléments est 5 fois plus destructive (mais apparemment maintenant négligeable) et l’ingestion 20 fois plus, j’en arrive à un minimum de 5 fois la dose annuelle autorisée par personne. Confirmez-vous mes calculs ? Que concluez-vous sur l’intérêt de rester au Japon pour des Français (qui sont par défaut une population mobile) ?

Commentaire de la part d’Alix L. : Bonjour. Nous envisagions un voyage au Japon mais nous ne parvenons pas à trouver d’informations claires sur l’impact de la nourriture possiblement contaminée. Quels sont actuellement les risques connus ?

Commentaire de la part de John B. : Y a-t-il une différence entre la radiation naturelle, présente partout, et pouvant atteindre les 50 mSv/an dans quelques rares régions du globe et la radiation artificielle que nous subissons actuellement sur Tokyo ? Est-il juste de dire qu’il serait plus dangereux de vivre dans ces régions plutôt que de vivre à Tokyo ?

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Jean] Le NIRS (National Institute of Radiological Science) est l’institut qui s’occupe de ce genre de mesures au Japon. Le gouvernement japonais a mis en place des moyens de mesures supplémentaires, principalement dans la préfecture de Fukushima, et dans les endroits où il y a une réelle suspicion de contamination. En général, ces examens sont réservés aux personnes qui présenteraient une possibilité avérée de contamination, par exemple étant due à leur présence à un temps donné dans un lieu proche de la centrale. A l’occasion d’un voyage en France, vous pouvez aussi contacter l’IRSN qui offre ces prestations en précisant votre motivation (présence au Japon lors de l’accident nucléaire).

Olivier Isnard : [Réponse à François] Bonjour, La mesure que vous réalisez correspond à une irradiation externe. Comme nous pouvons le faire n’importe où dans le monde. Votre mesure dépend principalement de trois facteurs : l’environnement dans lequel vous réalisez cette mesure (lieu fermé, dépôt homogène, type de surface...), la manière dont vous réalisez la mesure (au contact, à quelques centimètres du sol, en position fixe ou pas...) mais également dépend de la qualité de votre appareil de mesure et de sa calibration. Ensuite, le dépôt ainsi que la radioactivité naturelle que vous mesurez avec votre appareil est un dépôt qui est maintenant fixé sur les surfaces. Il n’est plus mobile. Ainsi votre calcul qui consiste à ajouter toutes les voies d’exposition (inhalation et ingestion) n’est pas correct. Vous ne respirez pas le débit de dose que vous mesurez et qui vous expose de manière purement externe, de même vous ne l’ingérez pas.

Commentaire de la part de John D. : Bonjour. Les premiers journalistes viennent d’être autorisés à visiter la centrale de Fukushima. Ils y ont notamment fait état de niveaux de radiation records (20 microsieverts par heure - 500 microsieverts par heure au pied des réacteurs). 3200 personnes travaillent actuellement sur place. A-t-on fait état de premiers cancers/décès ? Le monitoring effectué sur la santé de ces gens permet-il d’en savoir plus sur la dangerosité sur le moyen et long terme dans des régions un peu moins exposées telles que Tokyo ?

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Guest] Les compteurs Geiger actuellement disponibles dans le commerce pour les particuliers suite à l’accident sont des instruments simples, qui peuvent effectivement donner des indications plus ou moins fiables, n’ayant sans doute pas de procédure de recalibration régulière. Ces compteurs doivent néanmoins être utiles pour détecter des valeurs significatives de radioactivité. Il ne faut par contre pas accorder trop d’importance si une valeur varie dans un intervalle faible, d’autant que l’appareil mesure aussi la radioactivité naturelle ambiante.

Olivier Isnard : [Réponse à John B.] Bonjour, non il n’y a pas de différence en terme d’exposition externe. Le débit de dose mesure l’irradiation des radioéléments présents sur le sol qu’ils soient d’origine naturelle ou liés à l’accident de Fukushima. La différence par rapport à une autre région du globe est que vous pouvez trouver des radioéléments dans la nourriture. Pour ce qui concerne plus spécifiquement Tokyo, il n’y a pas de risque majeur à y vivre en ce moment.

Commentaire de la part de Maurice : Est-ce que des tests ont été faits par des organismes privés ou par d’autres pays que le Japon ?

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Alix L] Il n’y a plus de restriction à proprement parler pour les touristes français se rendant au Japon, sauf bien sûr à se rendre dans la zone autour de la centrale de Fukushima, notamment dans le quart nord ouest par rapport à la centrale, ce qui reste formellement déconseillé. Vous pouvez vous renseigner sur le site du MAEE dans la rubrique "conseils aux voyageurs", mais aussi sur le site de l’IRSN qui a une fiche de conseil pour les résidents français au Japon abordant notamment en détail les risques liés à la contamination de la chaîne alimentaire.

Olivier Isnard : [Réponse à John D] Bonjour, les personnels qui se trouvent sur le site sont normalement suivis de manière spécifique par les autorités japonaises et par Tepco. Pour ce qui concerne l’extrapolation de leur exposition et des effets de celle-ci sur une population vivant ailleurs, ce n’est pas possible. Les niveaux d’exposition qu’il ont ou auront doivent normalement rester dans une zone d’exposition dite stochastique, c’est-à-dire que des effets sur la santé peuvent survenir dans le futur ou pas. Dans cette zone d’exposition nous avons l’habitude, pour des raisons de conservatisme, de considérer que la loi des effets en fonction de l’exposition est linéaire. C’est-à-dire que si vous êtes deux fois plus exposé, vous augmentez votre risque par deux. Néanmoins, comme je le disais, les effets sur la santé, à ce niveau d’exposition, sont stochastiques. Ils surviennent ou pas, c’est fonction de chaque individu et nous ne sommes pas tous égaux devant la maladie.

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Maurice] Les tests sont faits à notre connaissance sous la responsabilité des préfectures japonaises. Certains pays font des tests à l’arrivée de la marchandise sur leur propre territoire, mais pas à notre connaissance sur le territoire japonais. Des équipes universitaires japonaises, qui comportent des scientifiques étrangers, font aussi des mesures, plus orientées sans doute sur la contamination de l’environnement. Enfin des organismes comme Greenpeace et l’ACRO effectuent des mesures aussi.

Olivier Isnard : [Suite de la réponse à John D] Il faut comprendre que l’on parle de zone stochastique pour évoquer une zone d’exposition correspondant à des effets qui seront aléatoires. Lorsqu’on a une exposition inférieure à quelques centaines de milli Sievert (mSv) on considère être dans cette zone aléatoire. Au-delà, on entre progressivement dans une zone dite déterministe où plus nous sommes exposés, plus les effets seront importants.

Commentaire de la part de François : La carte de la dispersion du Césium (137 il me semble) vient d’être publiée. Vous surprend-elle ? Il s’agit du césium mesuré dans les sols, qu’est ce que cela veut dire concrètement concernant notre irradiation / contamination ?

Commentaire de la part de François : Des végétaux, insectes ayant subit une mutation ont été photographiés à Tokyo (www.enenews.com). Dois-je m’inquiéter ?

Commentaire de la part de John D. : Comment jugez-vous les contrôles effectués par les préfectures japonaises ?

Commentaire de la part d’Ondine : Où se trouve actuellement le corium des réacteurs ? Est-il possible qu’il ait rencontré les nappes phréatiques situées sous la centrale provoquant alors une explosion souterraine qui aurait été assimilée à une réplique ? Merci pour votre réponse.

Commentaire de la part de François : Les enfants sont plus exposés aux risques dus à la radioactivité. En est-il de même pour les enfants à venir, et pas seulement ceux en gestation. En d’autres termes, je suis exposé aujourd’hui à des radiations qui affectent mon corps donc mes gamètes. Est-ce que je prends donc un risque d’avoir un enfant ici ? Est-il toujours le même si je quitte le Japon et décide d’avoir un enfant à l’étranger ensuite ?

Olivier Isnard : [Réponse à François] Les résultats des mesures au sol qui permettent de créer la carte qui a été publiée ne sont pas particulièrement surprenants. Ils montrent que la zone la plus impactée du Japon se trouve à proximité du site nucléaire de Fukushima en direction du Nord-Ouest. On peut remarquer que l’ensemble du Japon a été touché par l’accident mais à des degrés divers. Il faut dire que l’ensemble de la planète a été touché par cet accident. Nous avons mesuré en Europe des radioéléments provenant de Fukushima. Concrètement en termes d’exposition, le débit de dose a augmenté mais si vous le comparez aux niveaux que l’on trouve en Europe et en France plus particulièrement il n’y a pas d’inquiétude particulière à avoir.

Olivier Isnard : [Réponse à John D] Les contrôles effectués par les autorités japonaises sont nombreux, couvrent la quasi totalité des productions qui sont mises sur le marché et, plus important, il y a de moins en moins de produits mesurés au dessus des niveaux permettant leur commercialisation.

Commentaire de la part de Franck : Pouvez-vous être certain que les réacteurs n’émettent plus de radioactivité, considérant qu’il y a eu, il y a peu de temps, des détracteurs à ce sujet et surtout que je mesure une radioactivité plus importante ces derniers mois qu’au début de la crise ?

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Ondine] Il est très difficile de savoir dans quel état est le cœur des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale. Il faut avoir en mémoire l’accident de Three Mile Island (1979, USA), où il a fallu attendre 6 ans environ pour déterminer l’état du cœur. On sait que les cœurs ont fondu, plus ou moins selon les réacteurs. TEPCO a reconnu qu’il était possible que du corium soit sorti de la cuve du réacteur. Ceci étant posé, tous les paramètres actuels des réacteurs (température,pression...) sont stables. Il est donc très peu probable que du corium en quantité significative soit en train d’attaquer le radier du réacteur. Enfin, les nappes phréatiques sont en général en profondeur, ce qui rend leur contamination potentielle très lente. Je pense qu’il n’y a pas de risque d’explosion à l’heure actuelle.

Commentaire de la part de Franck : Tout comme beaucoup d’autres choses anormales sur cette crise, les contrôles japonais en matière d’alimentation sont nombreux mais faits a posteriori. Y a-t-il une commission internationale en place ayant les moyens de faire pression pour que le Japon améliore sa gestion de la crise ? Beaucoup trop de mauvaises pratiques sont aujourd’hui passées sous silence sans inquiéter les autres pays.

Olivier Isnard : [Réponse à Franck] Bonjour, à partir des informations dont nous disposons, les cœurs des trois réacteurs sont actuellement refroidis et sous eau. Ils n’émettent plus de radioéléments à ce stade. De même, les piscines des réacteurs sont refroidies. Il peut subsister, très localement, de nouvelles émissions sous forme de poussières radioactives en provenance des bâtiments des réacteurs. En effet, une grande quantité de radioactivité se trouve dans ces bâtiments sous formes de poussières et on ne peut écarter à ce stade que celles-ci soient réémise dans l’atmosphère. En tout état de cause, ce phénomène ne peut être écarté mais il est dans tous les cas très très faible et local au site. Sur le site il n’y a pas de mesure qui montre une augmentation de la radioactivité. Il faut dans ce domaine distinguer la radioactivité présente sur le site et qui a été mesurée notamment par les journalistes venus sur le site et celle qui est émise à grande échelle. Le site est particulièrement contaminé, ce qui n’est pas le cas de l’ensemble du Japon.

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Franck] Le Japon est en train d’analyser sa réponse à la crise, notamment via la commission d’enquête Hatamura. Cette commission d’enquête comportera des experts étrangers, français notamment. Par ailleurs, l’AIEA et l’OCDE/AEN envoient régulièrement au Japon des missions pour évaluer la situation. L’AIEA a mis en route un plan d’action lors de sa conférence générale en septembre de façon à capitaliser sur le retour d’expérience de Fukushima et contribuer à l’amélioration des standards de sûreté nucléaire dans le monde. Les Japonais sont en général sensibles aux recommandations de l’AIEA.

Ambassade : Le temps imparti pour ce chat est terminé. Merci de votre participation. Cet exercice sera mensuel. Sauf imprévu, la prochaine session aura lieu dans quatre semaines, mercredi 14 décembre.

Commentaire de la part d’Ondine : Neuf mois après l’accident nucléaire de Fukushima, mes principales sources d’information sur l’évolution de la crise nucléaire japonaise proviennent de blogs (par exemple : http://fukushima-diary.com/, http://enenews.com/) et d’interviews de scientifiques (Annie Gundersen http://fairewinds.com/) sur youtube, pour la plupart anti-nucléaires. L’écart énorme entre leurs analyses de la situation (rejets continuels de la centrale, présence de plutonium) et celles plutôt optimistes des pro-nucléaires est franchement déconcertante et stressante quand on habite à Tokyo et que l’on souhaite s’informer au quotidien sur l’évolution de la crise. Quels conseils pouvez-vous nous apporter sur la manière de se mettre à jour régulièrement sur la situation ?

Pierre-Yves Cordier : [Réponse à Ondine] Il faut être vigilant sur vos sources d’information. Les blogs reflètent souvent l’opinion de leurs auteurs, qu’ils ont à cœur de vouloir partager. De plus, ces personnes ne sont pas tout le temps des spécialiste du nucléaire. Je vous conseillerais de consulter aussi les sites français de l’ASN et de l’IRSN, qui donnent une information factuelle. Il faut aussi faire la part des choses entre ce qui se passe à la centrale et à Tokyo. Nous continuons à suivre la situation de près, et si nous pensions qu’il y avait un risque certain, la communauté française serait rapidement informée. Si vous souhaitez en savoir plus, je me tiens à votre disposition comme à celle de tous les Français pour répondre à d’éventuelles questions ou interrogations.

Ambassade : C’est donc sur ces mots que s’achèvent ce "chat" : vous pouvez nous joindre à tout moment par mail (webmestre@ambafrance-jp.org) ou par téléphone (03 5798 6000). Le site internet de l’Ambassade et notre compte twitter sont également mis à jours régulièrement.
Je rappelle que cet exercice de "chat" sera mensuel. Sauf imprévu, la prochaine session aura lieu dans quatre semaines, mercredi 14 décembre. Une confirmation sera postée une semaine avant environ.

dernière modification le 13/12/2011

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