Discours du président de la République à l’occasion du Nouvel an du calendrier lunaire [ja]

Texte du discours

Paris, Palais de l’Élysée – Vendredi 16 février 2018

Bonjour chers amis !

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs les Maires,

Chers Amis,

Je suis très heureux de célébrer avec vous ce moment si important de la tradition asiatique qui est le nouvel an lunaire, la fête du Têt ou du printemps, selon le nom qui lui est donnée dans tous les pays où elle est célébrée. Voici une semaine, les jardins qui sont derrière vous, étaient blancs de neige mais les éléments nous ont accompagnés pour être plus crédibles dans cette fête du printemps et celui-ci peut désormais advenir.

Cette traditionnelle réception à l’Élysée n’a rien perdu de son sens ; je crois même que sa signification augmente à mesure que nous reprenons conscience du rôle et du rang de la France dans le monde car ce rang est la raison de votre venue ici et ce rôle passe par un dialogue toujours plus étroit avec les nations du continent asiatique. Et l’énergie que la diaspora asiatique apporte à notre pays face aux défis qui nous attendent, est inscrite justement au cœur de notre histoire française ; elle est le fruit de vies, choix voulus ou subis, parfois d’amour qui nous enseignent aussi ce qu’est la France et ce qu’elle peut offrir au monde. Et vous êtes ici commerçants, avocats, médecins, parlementaires, ambassadeurs, ministres et chacune et chacun d’entre vous avez dans vos vies croisé ce qui est le fruit de ces cultures multiples et croisées.

Alors les parcours qui vous réunissent ce soir dans une même célébration sont justement le témoignage de la vivacité de ce lien et de sa force. Vos grands-parents, vos parents sont pour certains venus de Chine - je les ai évoqués il y a quelques semaines avec certains d’entre vous - à Xian. Certains sont venus pour soutenir l’effort de guerre que la France a mené pendant la 1ère guerre mondiale, puis sont restés dans les quartiers de la Madeleine et de la gare de Lyon, où

ils ont créé de petits commerces qu’à l’époque on appelait justement des chinoiseries.

Après la Seconde Guerre mondiale, beaucoup ont choisi de vivre dans les quartiers des Arts et métiers, y travaillant souvent dans la confection et c’est surtout à partir des années 1970 que des familles chinoises sont arrivées dans notre pays, certaines fuyant les situations politiques ou économiques tragiques, toutes avec la volonté chevillée au corps de construire tout à la fois leur avenir et la France.

La diaspora chinoise en France est aujourd’hui la plus importante Europe et c’est une fierté pour nous mais une réussite également et une chance, une opportunité que nous voulons ensemble pleinement saisir parce que c’est la capacité aussi de réinventer ces liens croisés, permettre à la France de rayonner, d’envisager par cette forme aussi la relation bilatérale et d’apporter une meilleure compréhension réciproque. Plusieurs de ses représentants m’ont accompagné dans mon placement en janvier, plusieurs parlementaires ici présents qui n’ont pas ménagé leurs efforts - des peintres, des chefs d’entreprise - pour que cette diaspora soit pleinement associée à la politique que nous menons.

Plus de 30.000 étudiants et 2 millions de touristes chinois par an viennent renouveler la profondeur de nos liens et

je souhaite qu’ils soient demain encore plus nombreux et c’est l’un des axes majeurs justement de la feuille de route qu’avec le président XI Jinping, nous avons défini, Monsieur l’Ambassadeur, et sur laquelle nos ministres vont désormais travailler.

Vos familles ou vous-mêmes êtes aussi venus du Vietnam du temps de l’Indochine, des ouvriers soldats parfois forcés pendant la 2e guerre mondiale puis dans les heures dramatiques des années 1970 quand la France a accueilli plus de 120.000 réfugiés, ceux qu’on appelait les « boat people » et que l’île de lumière était allé chercher ; ils sont venus du Cambodge, du Laos, des Philippines et de tous les autres pays d’Asie et la France a été là pour vous accueillir et cela n’a, je le sais, pas toujours été facile ; c’est la raison pour laquelle nous faisons en sorte aujourd’hui d’améliorer les conditions d’accueil de ceux qui arrivent dans notre pays et qui ont vocation à y rester.

Et la France a été aussi ce pays qui a su dans ces moments de crise, de drames, être là et où vous-mêmes, vos familles, vos parents ont su, à des milliers de kilomètres, très loin des repères qui étaient les leurs, reconstruire une vie par le travail, par l’école, par l’implication dans la société. La France est présente aujourd’hui, n’ignorant rien de ces crises, des injustices et des tensions qui existent dans la région et qui justifient pleinement notre engagement.

C’est évidemment aussi du Japon, Monsieur l’Ambassadeur, que nombre d’entre vous viennent, nourrissant là aussi une relation très forte, marquée par nos histoires partagées, nos liens académiques, industriels, scientifiques, estudiantins.

Ce lien, celui dont vous êtes le témoignage, le visage, dont vous êtes les biographies est celui qui fait que toutes ces régions d’Asie que je viens d’évoquer, ne sont jamais innocentes pour nous et ne sont jamais loin de nos préoccupations et de notre engagement. Nous avons exprimé notre attention à ce que veut le cadre démocratique au Cambodge soit pleinement respecté ; nous avons pris l’initiative au Conseil de sécurité sur la situation des Rohingyas en Birmanie, sur les violences qui ont conduit massivement des fuites vers le Bangladesh - et j’ai dit dans le respect et la franchise qui nous unissent au président XI Jinping quelle était la position de la France sur les droits fondamentaux et je crois avec aussi de véritables avancées.

La France est votre pays. Vos familles s’y sont intégrées par l’apprentissage de notre langue, par l’école, par le travail ; elles y apportent leur culture, leur mémoire, leur créativité, leur diversité et je suis fier que les élus de la République présents ce soir incarnent aussi cette histoire ou la défendent dans les fonctions qui sont les leurs parce qu’ils montrent tout le chemin parcouru ; et qu’il y ait d’anciens Premiers ministres, d’anciens ministres, des parlementaires de premier plan, Madame la Présidente, qui défendent depuis tant d’années justement vos vies, vos parcours et votre place est pour moi une preuve très forte de ce lien et le fait qu’un mouvement qui m’est cher ait pu permettre à plusieurs d’entre vous d’accéder à des responsabilités de représentants de la Nation, est la preuve aussi de ce chemin républicain dans lequel vous vous êtes inscrits.

Les grands noms de la diaspora asiatique de France participent à ce rayonnement - je pense à l’académicien François Cheng, à monsieur Ngo Bao Chau, formé à la fois au Vietnam et en France qui, avec d’autres parlementaires, partage ce privilège d’être un médaillé Fields de mathématiques, à Jean-Claude Fung Chin qui avait choisi la France pour sa devise et qui est devenu chef étoilé, à François Trinh Druc dont la famille est venue du Vietnam et qui a remporté le tournoi des VI nations - à tant et tant d’artistes présents aussi parmi vous - la réalisatrice (nom incompris)… qui nous donne à voir l’histoire de son pays d’origine, le Cambodge ; et nombre d’entre vous sur lesquels je reviendrai. Tous ces parcours, toutes ces biographies témoignent de l’exemplarité justement de la place que vous avez prise dans la République.

Il faut tout ignorer de cette histoire récente et actuelle tissée entre nous, méconnaître profondément ces liens entre la France et l’Asie constitués à partir des voyageurs du XVIIe siècle et perpétués jusqu’à notre temps par nos plus grandes figures, nos plus grands poètes et intellectuels, de Segalen à la plupart des présidents de la 5e République, pour nier tous les efforts et toutes les priorités que nous devons en France conduire pour l’ensemble de la communauté asiatique.

La première, c’est la sécurité et à cet égard je veux ici être très clair : les intentions criminelles qui ont conduit certains à s’en prendre à votre communauté, à multiplier les attaques, ont été condamnées avec la plus grande fermeté et continueront à l’être - je pense au drame que fut l’agression de Chaolin Zhang à Aubervilliers en 2016 ; cela suscité dans toute la communauté asiatique de France et pour tous les Français une immense émotion ; elle fut hélas suivie par la mort tragique de Shaoyao Liu en mars 2017 dont j’avais rencontré la famille avec plusieurs d’entre vous et à laquelle je veux ce soir adresser toutes mes pensées. Des manifestations importantes se sont alors tenues qui ont témoigné de l’émotion de toute la Nation. Et je veux ici saluer Monsieur l’Ambassadeur de la République de Chine, le sens des responsabilités que vous aviez alors démontré en appelant au calme et au respect de la loi.

Il n’y a pas de place dans notre pays pour l’impunité et aucune tolérance n’est admise face aux actes délictueux de quelque nature qu’ils soient. C’est le sens des décisions que nous avons très clairement prises en matière législative et qui continueront à l’être, en matière aussi de transformation profonde de notre police comme le ministre d’État l’a annoncé la semaine et qui conduiront d’ailleurs aussi pour la communauté à renforcer les moyens qui seront mis pour lutter contre toutes les formes de criminalité ou de délinquance dont elle a pu être victime. Il s’agit là d’une attente forte de votre part, partagée par l’ensemble des Français.

Face à l’insécurité, le repli communautaire n’est en aucun cas une bonne réponse ; c’est à la France, c’est à la République

et elle seule que revient le devoir de vous protéger. Nous avons renforcé notre dispositif dans les quartiers où les agressions ont été commises contre des Français d’origine asiatique ainsi que pour assurer une totale sécurité de tous les touristes, en particulier les touristes chinois, qui avaient eu eux aussi à subir des agressions.

La deuxième priorité, c’est évidemment la lutte contre toutes les formes de discrimination dans notre société et il y a encore aujourd’hui de l’intolérance, du racisme, des discriminations qui sont à ce titre intolérables. Aucun acte de cette nature n’est acceptable et pourtant ils existent encore. Aujourd’hui, des voix se font entendre, en particulier parmi les jeunes Français d’origine asiatique qui ne supportent plus d’être renvoyés à des stéréotypes grotesques. Et je dois le dire très clairement devant les médias qui sont là et qui pourront le relayer : vous n’êtes pas tous travailleurs quoi qu’on en dise, vous n’êtes pas tous discrets, vous n’êtes pas tous bons en mathématiques, vous ne pratiquez pas tous des massages même si certains en font de qualité ; vos aînés ont été pour certains des combattants de la France, des ouvriers, des enfants des colonies ou des réfugiés et vous êtes devenus des entrepreneurs, des fonctionnaires, des avocats, des médecins, des professeurs des écoles, des militaires, des retraités ; vous êtes devenus des Français ; des Français qui ont la liberté d’être attachés à leur culture, à leurs racines parce que c’est leur richesse et c’est aussi la richesse de la République mais vous n’avez pas à être renvoyés dans ces stéréotypes qui vous réduisent. Et je veux ici saluer l’initiative Asiatiques de France, lancée sur Facebook par Hélène Lam Trong, soutenue par des personnalités comme Pierre Sang, Anggun ou Frédéric Chau pour dénoncer justement à travers des clips tous ces stéréotypes. C’est aussi en tournant ceux-là qui se sont eux-mêmes enfermés dans les images qu’ils avaient, en ridicule, que nous arriverons à changer les représentations.

La troisième priorité, c’est évidemment l’économie. Je me souviens qu’il y a quelques années, quand il fallait se battre pour les zones touristiques internationales, le ministre Le Guen ici présent s’en souvient, il y avait des endroits dans la République et tout particulièrement dans Paris où il n’y avait pas beaucoup à convaincre ; je me souviens de l’enthousiasme et de la force portés par certains pour expliquer l’importance de travailler en soirée, le dimanche, pour ouvrir les commerces, pour développer une activité ; et je sais l’attente des entrepreneurs de la communauté asiatique pour aller plus loin, plus fort et justement pour saisir toutes les opportunités. Et je veux ici saluer la vitalité du toutes vos communautés, quelles que soient les spécialités que vous avez embrassées, que ce soit dans le commerce, que ce soit dans les professions libérales, dans l’informatique, dans l’entreprenariat du quotidien comme celui qui peut parfois être le plus innovant, je veux ici saluer la vitalité économique de cette communauté qui attend beaucoup des réformes conduites par le gouvernement. Un premier train de réformes a été passé par celui-ci qui permet de simplifier plusieurs lois en matière de travail, de simplifier aussi la fiscalité qui l’accompagne ; cela se poursuivra avec en particulier pour les entrepreneurs individuels, les PME et les TPE, plusieurs mesures très concrètes qui seront présentées au printemps et permettront d’accompagner précisément cette énergie.

Votre présence en France, dans la diversité de vos histoires, de vos enracinements, c’est aussi une attention toute particulière au dialogue culturel et j’y reviendrai plus largement dans un instant et c’est la richesse de cette activité que vous portez à travers les échanges académiques, culturels, scientifiques et que je souhaite que nous puissions contribuer à développer.

La poursuite d’échanges féconds reste indispensable à notre avenir commun et c’est pourquoi le fil qui nous lie aux puissances du continent asiatique ne doit pas cesser de se tisser et ma conviction, c’est qu’en quelque sorte, une part des grands défis de notre temps se joue aussi dans cette région du monde et c’est sur cela que je veux également revenir en m’adressant à vous et en vous présentant tous mes vœux. Ma conviction, c’est qu’en effet, dans beaucoup de vos pays d’origine, dans vos pays d’attachement se joue une partie de notre sécurité collective, de notre destin et de nos intérêts. La paix et la sécurité internationales d’abord ; en ce moment même, les jeux olympiques de Pyeongchang montrent la capacité que ce continent est en train d’avoir de rassembler, limiter les tensions et je veux ici saluer l’esprit de responsabilité des dirigeants, le courage du président Moon et l’esprit aussi insufflé par le président chinois et l’ensemble des dirigeants de la région pour diminuer la pression. Je sais toutes les inquiétudes qu’il y a sur les tensions en Corée du Nord mais je crois que ce que ces jeux Olympiques témoignent, c’est la possibilité d’une désescalade ; c’est la possibilité de construire de manière négociée une désescalade sur tous les plans et en tout cas, la France mènera, de là où elle est, le maximum d’efforts pour préserver la sécurité de nos alliés dans la région mais également pour éviter toute escalade stérile et permettre un retour autour de la table des négociations par la pleine mise en œuvre de sanctions décidées par le Conseil de sécurité mais une négociation active pour encadrer les actions et en particulier l’action nucléaire de la Corée du Nord.

Face au terrorisme qui frappe et se répand aussi en Asie, comme ce fut le cas à tant de reprises, à Kaboul en particulier au cours des dernières semaines, notre lutte sera aussi implacable ; c’est le sens de la conférence internationale que nous organiserons fin avril ici même, où nombre de dirigeants asiatiques seront également présents pour lutter contre le financement du terrorisme. Tous nos partenaires stratégiques en Asie seront associés et présents et je souhaite que nous puissions renforcer avec eux notre combat commun contre la radicalisation. Nous avons des expériences à partager, des échanges de renseignement à renforcer et c’est ce que nous ferons.

Cette région-là l’a montré durant les derniers mois : se joue là une partie de notre sécurité collective et la nature des évolutions contemporaines montre que la distance n’enlève rien à cela ; toutes les puissances pacifiques sont en train de recomposer leur stratégie et la France est à cet égard un partenaire privilégié de l’Australie jusqu’à l’Inde pour construire aussi les voies et moyens de leur sécurité collective dans un contexte de plus en plus instable.

Parler de nos intérêts et des grands enjeux internationaux et de la région, c’est aussi parler du climat et je dois dire qu’en quelques années, une profonde transformation s’est opérée. Il y a sans doute même un an, je ne vous aurai peut-être pas dit, même en un jour comme celui-ci, que notre premier partenaire, c’était cette région pour la lutte contre le réchauffement climatique. Aujourd’hui, je peux vous le dire sans aucune hésitation. Le choix américain de sortir des accords de Paris et la détermination très forte de plusieurs grandes puissances de la région ont précisément marqué un changement profond. Le Japon est depuis le début engagé à nos côtés dans une lutte active sur le plan diplomatique, industrielle, scientifique dans la lutte contre le réchauffement climatique ; la Chine a montré sa détermination depuis 2015 pour accomplir une véritable révolution politique sur ce sujet. De la signature même des accords à la confirmation de son implication dans ces derniers jusqu’à l’annonce faite à Paris le 12 décembre dernier par le vice-premier ministre Ma Kaï, d’une pleine implication et de la décision de mettre en place un marché du carbone en Chine, c’est un choix radicalement nouveau, profondément structurant qui a été pris par notre allié chinois sur ce sujet. Et c’est pourquoi aussi, comme je l’ai dit, nous accompagnerons pleinement la Chine dans l’organisation de la COP sur la biodiversité en 2020 et dans les actions qu’elle conduira en la matière. Et nous porterons dans le cadre de l’année franco-chinoise de la transition écologique que nous lancerons à l’automne, plusieurs projets ; et j’appelle à la mobilisation collective sur ce point.

Mais l’implication contre le réchauffement climatique, c’est aussi celle de l’Inde et dès les premières semaines de ma prise de fonction, le Premier ministre Modi m’a rendu visite sur ce sujet et je serai dans quelques semaines à ses côtés pour le sommet fondateur de l’Alliance solaire internationale qui sera une première mise en œuvre concrète des engagements du One Planet Summit pour que l’énergie solaire soit accessible à tous et puisse se déployer dans les pays en développement où le potentiel est le plus important. Les financements, les technologies, les capacités doivent s’y multiplier et cette implication sera aussi déterminante.

Vous le voyez, ce pivot asiatique en matière de lutte contre le réchauffement climatique, est aujourd’hui structurant et quels que soient les histoires, les sensibilités, les désalignements qui peuvent exister dans la région entre les uns ou les autres, il y a une communauté de vues et d’engagement sur ce sujet, pleines et entières.

C’est enfin le rayonnement de la France dans le monde qui se joue en Asie ; un rayonnement économique, culturel, historique et linguistique. Sur le plan économique, nous avons des cartes majeures à jouer car l’offre de nos entreprises correspond aux besoins actuels des pays de la région dans plusieurs domaines : qu’il s’agisse de mobilité, d’infrastructures, d’innovations, d’énergie, la construction de la ville du futur, des grandes infrastructures du 21e siècle, est en train aujourd’hui de s’accélérer partout en Asie. Et la France a un rôle à y jouer sur le plan économique en matière technologique, en matière d’innovation, en matière de partage justement des intelligences et des savoirs et vous avez un rôle à y jouer qui est fondamental. Et c’est pourquoi je souhaite que notre relation économique trouve une nouvelle dynamique - elle a une grammaire propre à chacun des pays - mais nous pouvons et nous devons faire bien davantage ; nos entreprises doivent être plus présentes, les marchés doivent davantage s’ouvrir et vous pouvez être, chacune et chacun à travers vos liens, des ambassadeurs de ces ouvertures. Il y a encore des marchés en Asie qui sont trop fermés et il y a aussi en Europe des économies qui sont trop fermées aux investissements asiatiques. Et je l’ai dit : je sais combien il faut être prudent sur la notion de réciprocité parce qu’elle peut donner lieu à des malentendus voulus ou subis… Je crois en tout cas qu’il faut avoir un esprit de gagnant-gagnant qui permet d’ouvrir de part et d’autre, ouvrir l’accès à des marchés, ouvrir l’accès à des investissements. Et votre rôle est très structurant la matière parce que c’est lever des malentendus réciproques, c’est donner la possibilité à une entreprise française d’accéder à un marché en Asie et de montrer qu’elle est à la hauteur de la confiance qui lui sera faite ; c’est aussi faciliter des investissements, qu’ils soient chinois, indiens, cambodgiens dans notre pays et là aussi de lever des ambiguïtés, de lever des incompréhensions qui peuvent parfois créer de la réticence. Ce sont à chaque fois des liens humains qu’il faut établir et je serai très attentif à la mise en œuvre des décisions que nous avons annoncées - je pense en particulier là aussi à la feuille de route que nous avons définie avec le président chinois lors de ma visite en début d’année.

Nos affinités sont aussi, quand je parle de rayonnement de la France, culturelles. Mon attention a été retenue à Pékin par plusieurs artistes en début d’année, que j’ai vus avec plusieurs d’entre vous ; leur passion pour la France, je dois bien dire, est notre capacité à faire encore mieux sur ce sujet. Je pense en particulier à l’artiste Guangyi dont l’épouse est française, qui a créé un « Pavillon des nuages » après avoir enrichi les œuvres du Centre Pompidou et qui va lui-même mettre en place dans les prochains mois un musée provisoire à Shanghai, nouvelle expression du dialogue entre nos cultures ; et je pense à Guangyi en espérant que son pavillon pourra être préservé mais à tous les artistes que nous avons pu voir en début d’année et plusieurs qui sont dans la salle et dont pour certains j’ai reconnu les visages amis, en leur disant que leur rôle est aussi extrêmement important parce que parfois ils ont la double culture - ils sont Français et peuvent faire rayonner l’imaginaire français en Asie et dans leur pays - et parce qu’à travers leur art, leur travail, leur implication, ils peuvent aussi construire des ponts entre nos imaginaires et aider à ce rôle de passeurs indispensables pour que nous puissions faire mieux. C’est aussi pour ça que j’avais souhaité en Chine et je ferai de même en Inde être accompagné par des artistes, être accompagné par des dirigeants de musées, d’institutions culturelles et rencontrer des dirigeants d’institutions culturelles également pour aider à cette ouverture ; qu’il s’agisse des Rencontres d’Arles de Xiamen, du Centre Pompidou de Shanghai, ce sont des initiatives concrètes que nous devons continuer à déployer de la sorte.

C’est avec le même esprit qu’en juillet, j’accueillerai le Premier ministre japonais, Shinzo ABE, pour l’inauguration de « Japonismes », qui donnera à voir l’infinie richesse des arts et de la création japonaise dans de très nombreuses institutions culturelles en France et le 160e anniversaire de nos relations diplomatiques sera l’occasion à cet égard de définir une feuille de route stratégique avec ce partenaire clé de la France en Asie.

Vous savez, on parle beaucoup en cette année de la commémoration de la fin du premier conflit mondial et il y a évidemment un grand homme de ce conflit, celui qui allait gagner le dernier quart d’heure. Clémenceau. Mais on trahirait la mémoire de Clémenceau à ne pas se souvenir que c’était un grand amoureux de l’Asie ; quand on visite - ce qui est toujours touchant et j’invite chacun d’entre vous à le faire - ce qui fut sa dernière maison à Paris dans le 16e arrondissement, on y voit énormément de traces de l’Asie qui était l’une de ses passions ; et il était un passionné en effet des arts d’Asie, très assidu au musée Guimet, il visita l’Asie dans ses vieux jours et il marque l’importance de ces liens culturels, de ces traces, de ces passeurs que sont les artistes et de cette compréhension partagée qui permet justement là aussi, dans les moments les plus difficiles, de ne pas commettre les erreurs diplomatiques ou politiques, de toujours garder le lien même lorsque des désaccords existent et de bâtir, de bâtir ensemble.

Et ce que je souhaite profondément, c’est que nous puissions justement continuer à bâtir ensemble dans le moment que nous vivons. Notre siècle et le moment tout particulier qui est le nôtre, est plein d’incertitudes ; nous avons des défis historiques en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme, des changements radicaux en matière de changements technologiques ou environnementaux ; le lien, le pont qui existe entre la France et l’Asie, est indispensable dans ce moment-là, avec nos différences mais dans la force qui nous unit. Et c’est pourquoi le dialogue que vous devez faire vivre, chacune et chacun dans vos domaines – politique, culturelle, entrepreneurial, scientifique, diplomatique, militaire - est absolument indispensable. Ce sera l’un des objectifs de ma visite en Inde à l’occasion de laquelle sera organisé le premier sommet de la connaissance franco-indien pour rapprocher nos jeunesses, nos universités, nos organismes de recherche qui est pour moi l’un des éléments indispensables, mais c’est ce que nous devons décliner avec chacun des pays que vous représentez pour certains, dont vous venez pour d’autres. Et dans ce dialogue tout particulier, je souhaite que vous puissiez aussi nous aider à porter la francophonie. Ça fait plusieurs années qu’on n’ose plus porter la francophonie ; il faudra peut-être changer d’ailleurs de nom tant ce mot éveille de la suspicion chez certains qui ont oublié que la francophonie n’est pas l’invention de la France mais de grands présidents africains qui ont voulu construire une communauté de destins, de langages et d’imaginaires communs. Mais vous êtes dans la francophonie et je souhaite que le français puisse aussi davantage se développer partout en Asie dans les pays d’où vous venez, où vos familles sont et que nous puissions ensemble construire les bonnes stratégies d’échanges, d’enseignement pour le faire rayonner parce que je crois que c’est aussi une œuvre indispensable pour bâtir.

Et pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, le cap asiatique de notre politique étrangère sera renforcé en s’appuyant - et je conclurai là-dessus - sur trois principes simples : le premier, c’est la régularité ; une relation stratégique suppose de la constance - je l’évoquais en début d’année en disant que je me rendrai chaque année en Chine - et je pense que la régularité, nous devons la décliner à tous les niveaux, en créant de la constance dans les relations bilatérales et en ayant à cœur - et je le dis pour chacune et chacun d’entre vous - de préserver la régularité de ces liens, des petites avancées et je me rendrai donc souvent dans la région, pas seulement dans les capitales mais également dans les provinces et je veillerai aussi à ce que nous ayons un suivi méthodique, des résultats, des avancées à chaque fois.

Deuxième principe de cette méthode, ce sera la diversification de nos partenariats ; ils se sont trop longtemps concentrés uniquement sur les géants indispensables de l’Asie Pacifique que sont la Chine, l’Inde et le Japon mais nous devons aussi avec l’Indonésie, l’Australie, la Corée, le Vietnam, Singapour, la Malaisie et d’autres, avoir des relations fortes qui ont d’ailleurs d’immenses synergies avec les grands pays de la région. Et il est indispensable que nous sachions là aussi parler à chacune et chacun et déployer la force de ces relations.

Et le troisième principe - et je compte beaucoup sur vous sur ce sujet - ce sera le renouvellement des concepts, des idées, des personnes. Nous nous sommes parfois enfermés dans une forme de paresse dans la manière de penser nos relations avec l’Asie. La France change et pourtant… je me suis parfois aperçu de cela, l’image de la France reste enfermée dans son propre passé ; nous devons faire davantage connaître la France comme une terre d’innovation, d’invention, de création ; un patrimoine qui est celui de Paris mais aussi celui de nos régions, de nos villes, de nos villages, de nos campagnes ; alors plusieurs d’entre vous s’y sont déjà employés ; il m’est arrivé de croiser, même en temps de campagne électorale, des investisseurs chinois aux confins de Montmorillon ou d’autres endroits. Je pense que c’est cela que nous devons continuer à décliner, c’est-à-dire cette capacité à multiplier les visages, les points d’entrée, ne pas penser que c’est simplement les grandes entreprises, les grands contrats ou les images classiques qui nous permettront de réussir. Nous avons des points forts, il faut les travailler : nous continuerons, je vous rassure, à pousser la gastronomie française, les secteurs traditionnels où nous sommes bons ; mais nous devons là aussi penser de nouveaux chemins. Et votre inventivité, votre action, votre implication est indispensable à cet égard parce que l’Asie change elle aussi, les classes moyennes se développent, la jeunesse veut parler au monde ; les innovations fusent, les attentes, les perceptions, les désirs changent. Je ne voudrais pas que la jeunesse asiatique pense que l’innovation… le numérique est forcément anglo-saxon, c’est faux. C’est faux ! Et bien souvent d’ailleurs, nos modèles d’organisation, notre façon d’innover, la manière de nous structurer sont plus compatibles avec certains modes d’organisations asiatiques et nous avons sur le plan de l’innovation, sur le plan du numérique, sur la coopération en matière de droit comme en matière financière, énormément de points communs que nous pouvons tirer et qui nous permettront aussi de construire des stratégies alternatives à un imperium anglo-saxon qui n’est pas une fatalité.

Je souhaite donc que nous soyons collectivement plus innovants dans les voies à poursuivre et je compte sur vous, sur cette volonté qui vous réunit ce soir pour vous engager pleinement dans la politique asiatique de notre pays, pour mieux faire connaître l’Asie en France et la France en Asie. C’est une mission essentielle que nous ne pourrons réussir qu’avec vous.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire, sans être bien entendu exhaustif ; lorsque le général de Gaulle reconnaissait la Chine, il parla du poids de l’évidence et de la raison ; ce poids demeure tant pour la diaspora installée ici que dans nos relations avec la Chine et avec les puissances asiatiques. Mais à l’évidence, à ce poids justement de la raison, s’est ajouté l’attachement, s’est ajouté un ensemble de vies, de destins croisés, d’aventure humaine parce que ce qui s’est passé et accéléré depuis, ce sont ces parcours que vous représentez et c’est avec une émotion véritable que nous verrons encore cette année dans nos villes, dans nos territoires quels qu’ils soient les défilés de tigres et de dragons, que nous entendrons résonner ces musiques si lointaines et pourtant si familières et que nous participerons à ce déploiement de couleurs, de saveurs, de costumes à l’occasion du Nouvel an lunaire. Ce n’est pas simplement que les Français s’y sont habitués, c’est que c’est le témoignage de cette évidence qui est devenue une amitié.

Cette année est celle du Chien de Terre ; on me dit qu’elle sera donc celle de la sagesse et de l’idéalisme mais aussi de l’action face aux obstacles. Permettez-moi d’y voir là un programme stimulant et votre énergie ne sera pas de trop pour l’accomplir mais la véritable sagesse, c’est toujours d’être un idéaliste pragmatique, un volontaire attelé au réel et c’est dans cet esprit, avec vous que je veux, avec mon épouse, de tout cœur, vous souhaiter une très belle année, une très belle année du Chien de Terre et vous dire combien votre présence ici, l’amitié qui nous unit est importante pour la France. Merci à vous.

dernière modification le 22/02/2018

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